MARIE-LAURE VIEBEL
Goutte d'eau
type:
- sculpture
MARIE-LAURE VIEBEL
Du COCO de Mer à la « GRAINE DE VIE »…
En s’appropriant la plus grosse graine du monde, le coco de mer, Marie Laure VIEBEL tisse un imaginaire qui parle de symboles, de voyages, de rencontres. Un dialogue inattendu entre l’homme et la nature.
Lorsque les premiers navigateurs occidentaux voguent sur l’Océan Indien, ils découvrent d’énormes graines doubles flottants sur la mer. De telles noix avaient déjà été ramassées sur les côtes Indiennes, du Sri Lanka, d’Indonésie, d’Afrique du Sud, mais surtout des Maldives. S’agissait-il de fruits venus d’arbres géants poussant au fond de l’océan, comme le racontait la légende ? Curieusement, ces graines aux deux parties bombées rappellent le triangle pubien comme les fessiers féminins et l’entrejambe masculin : c’est le fameux « coco de mer », « coco fesse » pour certains, « coco de Salomon » pour d’autres ou « coco des Maldives ». En 1572, le poète national portugais Camoes consacre un vers de ses célèbres « Lusiades » au « coco de mer », tandis que son compatriote, le navigateur Magellan, rapporte dans son journal en avoir aperçu. L’origine de la noix reste encore un secret. C’est en prenant possession de l’archipel des Seychelles en 1768, qu’une expédition française identifie enfin leur patrie exclusive. L’île de Praslin y abrite la plus grande réserve de ces palmiers à « coco de mer », la fameuse « Forêt de Mai ». Vestige des temps préhistoriques, berceau de l’humanité, ce trésor végétal, d’à peine 20 hectares, a été classé au patrimoine historique par l’Unesco en 1983. Certains arbres, pouvant atteindre jusqu’à 30m de haut, auraient près de 1000 ans. Rare et chargé de mystère, le « coco de mer » devient objet de collection, alimentant les « cabinets de curiosité » de toute l’Europe, dès le XVIe siècle. Il voyage jusqu’en Asie porté, par les courants marins. Associé au divin, on lui attribue un rôle sacré : dans l’Indouisme, il se transforme en boîte précieuse ou en « bol d’aumône » des « moines mendiants » comme dans le Soufisme (dérivé mystique de l’islam) sous le nom de « keshkul ». Par sa symbolique de fécondité, de fertilité, le coco transformé en récipient confère un pouvoir magique à tout ce qu’il contient. La chair de cette noix posséderait des vertus médicinales contre de nombreuses maladies ou infections, mais surtout on lui attribue d’extraordinaires vertus aphrodisiaques …
Il y a quelques années, Marie laure VIEBEL tombe à son tour sous le charme de ses formes sensuelles qui vont l’inspirer. Prodige de la nature, cette graine est double à plusieurs titres. Constituée de deux lobes (comme pour le cerveau ou les poumons), elle associe l’humain et le végétal, le féminin et le masculin, rappelant également le yin-yang chinois, la nuit s’opposant au jour, le froid au chaud, la mort à la vie.
En 1881, le général britannique Charles Gordon incita les Britanniques à préserver la forêt menacée de disparition : il osa la comparaison de cette forêt cathédrale avec le « jardin d’Eden », le paradis d’Adam et Eve. Le palmier devient « l’arbre de la connaissance », et « le fruit de la tentation » n’est plus la pomme, mais le coco de mer !
M.L. Viebel s’est inspirée de cette histoire et a créé la « graine serpent », graine de la tentation. Une bouche sur une graine de vie ? Clin d’oeil à l’écrivain et encyclopédiste français Denis Diderot qui écrit en 1748 « Les bijoux indiscrets ». Dans ce conte, un sultan africain a recours à un anneau d’argent aux vertus bien particulières: lorsqu’il le frotte, le sexe des femmes se met à parler. La bouche parle, mais la bouche entend…
Dans sa version en bronze, M.L. Viebel entrouvre les lèvres qui deviennent boite à messages, s’inspirant des boîtes bouches italiennes : la « bouche de la vérité » à Rome, (qui révèle si une femme ment lorsque celle-ci glisse sa main dans la boîte) ; et la « bouche de la délation » au Palais des Doges à Venise (l’objet accueille les dénonciations anonymes au bénéfice de l’Etat). Ces deux bouches sont des bouches d’homme. La « Graine bouche » de M.L. Viebel est féminine, qui en fait une « boîte à pardon ». Tout un symbole…
Son défi : jeter de la lumière sur ces graines au bois terne et mat en les dorant. Façonnées dans un premier temps, elle les transforme, en arrondit les courbes, puis, façonne de nouvelles matières, rugueuses ou lisses, verre ou métal (verre de Murano, bronze poli ou non). Elle y grave des écailles de serpent, des plumes d’oiseaux, des nuages, des poils de chat ; invente des arabesques, des tourbillons, des labyrinthes, racontant des histoires, réinventant, rebaptisant ainsi chaque graine. Dès lors, chacune revêt une dimension artistique pour devenir une création unique.
L’or, métal parfait, « chair des Dieux », « larmes du soleil », symbole d’immortalité. En couvrant de feuilles d’or le « coco de mer », M.L. Viebel l’illumine et lui confère une dimension sacrée, à l’image des icônes orthodoxes, des sarcophages égyptiens, des bouddhas. Le « coco de mer » devient « graine de vie ».
Cette lumière repousse et transcende les frontières, celles de l’art et de la nature et rend la graine universelle.

